Il y a une année maintenant, la disparition de mon ami dans les montagnes himalayennes devenait une réalité. Dure réalité, inexplicable, inexpliquée, insoutenable, que j'ai encore aujourd'hui du mal à croire.
Pourtant, c'est un fait, même si la montagne n'a pas rendu ceux qu'elle a pris.
J'ai depuis quelque temps une image qui me revient souvent devant les yeux.
Un alpiniste attend, debout là haut sur un sommet, faisant de grands signes comme pour saluer ses frères de grimpe. Et puis à chaque fois que l'on croit l'approcher, la silhouette disparait fugacement pour se retrouver sur un autre sommet. Attendant toujours. Sage. Comme pour dire, je suis là. Vous pouvez me voir, vous pouvez me deviner, mais vous ne pourrez pas me toucher. Je vous regarde vivre, sourire. Pour moi, le temps est joyeux, même si vous me manquez. Je suis heureux de vous voir aimer et être aimés. Je vous admire pour votre sérénité, votre courage de tous les jours, votre gentillesse.
Vous me manquez, mais mes jours s'écoulent tranquillement. Je ne suis pas seul. Je sais que votre pensée est souvent près de moi. A défaut de la chaleur d'un corps, je sens votre âme qui me réchauffe dans cette immensité glaciale.
N'ayez pas peur de mon absence parce que je suis là, tout près de vous.
Cette silhouette s'estompe donc à chaque fois qu'on l'approche, mais c'est pour réapparaître un peu plus loin. Elle n'est jamais loin de moi, de nous.
Cette image, si vous me connaissez un peu vous l'aurez deviné, c'est celle de mon ami Raph. Je ne distingue pas vraiment son visage, je ne reconnais pas son timbre de voix, mais je sais que c'est lui.

